Entre Epinal et Saint-Dié, le train en bout de ligne

« Quand l’Etat s’en va » 3/5. Depuis fin décembre 2018, la locomotive du TER ne passe plus par Bruyère, Biffontaine ou Corcieux dans les Vosges. En cause, la vétusté des voies. En attendant les travaux, s’ils ont lieu, les usagers prennent l’autocar. A contre-cœur.

Par Henri Seckel Publié aujourd’hui à 06h38

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Le chauffeur du bus Keolis entre Epinal et St-Dié-des-Vosges, le 5 février : depuis le 22 décembre 2018, la ligne 18 remplace le TER.

[Alors que, à l’écart des grandes métropoles, monte chez les Français un sentiment d’abandon fortement mis en avant dans le cadre du grand débat, Le Monde entame une série sur ces lieux qui souffrent de la fermeture des services publics, transports, écoles, perceptions ou hôpitaux.]

Que c’est triste, une gare à l’abandon. Docelles-Cheniménil, Lépanges-sur-Vologne, Bruyères, Laveline-devant-Bruyères, Biffontaine, Corcieux-Vanémont, Saint-Léonard : depuis le 22 décembre 2018, pas l’ombre d’une locomotive n’est passée par là, les volets sont clos, et une fine couche de mousse verte a recouvert le bitume de ces quais vosgiens que plus personne ne foule.

Que c’est triste, des rails sans train. Voilà bientôt deux mois que le tortillard Epinal-Saint-Dié ne se tortille plus au pied des premiers ballons des Vosges et que les paysages grandioses de ce petit Canada n’entendent plus siffler le train express régional (TER) qui reliait la préfecture à la sous-préfecture du département depuis 1929.

La gare SNCF désaffecté de Docelles-Chenimenil sur la ligne de train Epinal à St-Dié-des-Vosges, le 6 février.

En cause, la vétusté des voies et le risque d’effondrement du tunnel de Vanémont. Cas en voie de propagation en France, résultat de décennies d’une politique tout TGV et de sous-investissement sur les petites lignes comme celle-là. Hors de question pour la SNCF de prendre le risque d’y envoyer un train tant que les travaux, estimés à 33 millions d’euros, n’auront pas été faits.

Lire aussi SNCF : votre ligne s’est-elle dégradée au fil du temps ?

En attendant, à Epinal, la voix des halls de gare annonce toujours « le TER n° 35286 en direction de Saint-Dié », mais ce n’est plus un train, il n’est plus vraiment express, et il s’élance de la gare routière, sur le parvis. Bienvenue sur la ligne 13 des autocars Keolis, à qui la SCNF a confié ce trajet de 62 kilomètres et ses voyageurs, et tant pis si ça pollue.

Dégradation

« Ah, on espère que le train va revenir… », soupire Isabelle à l’avant du car, à l’entame d’une route qui invite à la nostalgie puisqu’elle ne cesse de longer et de chevaucher la voie orpheline. Cette femme de 53 ans subit plus que d’autres les tracas liés à sa disparition. Elle vient de Saint-Léonard (dernier arrêt avant Saint-Dié) et travaille à la préfecture, à Epinal. Le train l’amenait en une heure (départ 6 h 17, arrivée 7 h 15). Le car, en une heure et demie (6 h 04, 7 h 33). Le train la ramenait en une heure (16 h 44, 17 h 42), le car en une heure trois quarts (17 h 30, 19 h 18), avec un changement à mi-parcours. Avant : deux heures de trajet par jour. Après : trois heures et quart.

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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